L'univers musical de Rick L. Blues
Bonjour à vous chers lecteurs. Dans ce numéro, je vous parlerai de deux artistes que j'aime beaucoup et, qui sont peut-être un peu moins populaires que certains noms connus du milieu jazz et blues. Ces gens sont pour moi des sources d'influences et de beautés musicales de par leur sens du phrasé et de leur originalité. Je parle de Anita O'Day et Rod Piazza.
Alors, bonne découverte, si ce n'est pas déjà fait.

Née Anita Belle Colton, Anita O'Day vit le jour le 18 0ctobre 1919 à Chicago Illinois. A douze ans, elle quitta la maison familiale et, deux ans plus tard, en 1934 elle commença sa carrière en participant à des marathons de danse et de chant. En 1936, elle décida d'arrêter ces concours d'endurance, pour se consacrer à sa carrière de chanteuse. Anita devint serveuse et chanta dans plusieurs clubs du midwest américain avant de rencontrer, en 1938, le célèbre batteur Gene Krupa lors d'une émission de radio. Elle auditionna pour le grand Benny Goodman qui ne l'engagea qu’une fois, car il lui reprochait d'improviser sur les mélodies. C'est en 1941 qu'elle s'associa avec Krupa jusqu'en 1943 ou il est arrêté pour possession de marijuana. Elle rejoignit alors l'orchestre du clarinettiste Woody Herman. O'day travailla par la suite avec Stan Kenton et retourna avec le Gene Krupa Orchestra en 1945, mais seulement pour quelques mois. Elle quitta alors la formation pour redevenir une artiste solo. Anita et son mari Carl Hoff furent arrêtés en 1947 à leur tour pour possession de marijuana et ils écopèrent d'une sentence de 90 jours de prison. En octobre 52, elle fut de nouveau arrêtée pour la même offense mais reconnue non coupable et, comme si ce n'était pas assez, elle se retrouva en prison quelques mois plus tard, cette fois avec une sentence de six mois pour possession d'héroïne.
De 1952 à 1962, Anita O'Day enregistre, 17 albums sous étiquettes Norgran et Verve, elle travaille aussi avec les plus grands comme Louis Armstrong, Oscar Peterson, Count Basie, Thelonious Monk etc. En 1968 elle frôle la mort à cause d’une surdose d'héroïne, mais par la suite Anita quitte ses mauvaises habitudes de drogue et d'alcool et fait un retour sur scène en 1970 au festival de jazz de Berlin. Elle écrit son autobiographie en 1981, et continua de chanter jusqu'à la fin de sa vie. Elle meurt à l'âge de 87 ans d'un arrêt cardiaque pendant son sommeil le 23 novembre 2006.
Cette chanteuse est reconnue pour son sens inné du rythme et ses improvisations sont d'une fraîcheur et d'une justesse inégalée, au même titre qu' Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan. Elle a une voix chaude, sensuelle, veloutée, ensoleillée et l’on pourrait utiliser tous les autres qualificatifs de bonheur intense qu'elle nous procure quand on écoute ses nombreux enregistrements. Anita O'Day est un pure délice pour l'âme et les oreilles, elle possède une façon unique de chanter et ses "scats"* sont toujours impeccables.
* scat : Méthode d'improvisation d'un(e) chanteur(euse) exécutée avec des onomatopés (sons) ex.: do da do we, di dap do wap
Suggestions de CD :
Anita O'Day sings with Gene Krupa sur étiquette CBS Sony
Anita O'Day Jazz masters 49 sur étiquette Verve
Documentaire : Anita O'Day: The Life of A Jazz Singer réalisé par Robbie Cavolina et Ian McCrudden
J'ai eu la chance et le plaisir de voir et de rencontrer Rod Piazza et sa charmante épouse Miss Honey lors de leur passage au café campus de Montréal il y a quelques années. Quel spectacle incroyable, ce fut une très grande performance digne de cet harmoniciste de Californie.
« Jump blues » et « west coast swing » étaient à l’honneur et tout ça dans un spectacle rodé au quart de tour. Un vrai plaisir autant pour le visuel que pour l’excellente musique qui s’est jouée ce soir là. Miss Honey, la pianiste du ‘’ band ‘’, qui à elle seul donne le ton, possède une rythmique solide à souhait. Sa main gauche, spécialisée dans le boogie woogie, nous donne l’impression d’entendre les plus grands pianistes du genre. Et que dire de sa main droite, agile, percutante, mélodique et toujours d’une grande pertinence. Quelle pianiste !

M. Piazza tant qu’à lui est l’un des harmonicistes des plus en demande aux USA. Il a un jeu d’harmonica exemplaire autant pour son sens du phrasé que pour le son unique qu’il possède. Rod est né le 18 novembre 1947 à Riverside Californie. Il forme son premier groupe à l’âge de seize ans et se laisse bercer par le son de Little Walter. Par la suite, il fit la rencontre de Georges harmonica Smith : une influence dont il s’inspira ‘’à fond la caisse’’ et forma un duo avec ce dernier, qu’ils appelèrent « bacon fat ». Ils firent ensemble quelques enregistrements et plusieurs tournées sur la côte ouest. Il forma par la suite le Rod Piazza and the Mighty Flyers avec Miss Honey au piano. Ce fut la combinaison gagnante. Cette formation tourne beaucoup, partout aux Etats-Unis, au Canada et dans quelques autres pays. Il faut surtout voir Piazza plutôt que de l’entendre sur disque, car je trouve personnellement que les enregistrements ne lui rendent pas toujours justice. Mais pour ce qui est du ‘’live’’, alors là, allez y sans hésiter. J’espère qu’il reviendra à Montréal très bientôt, car j’irai voir son spectacle avec grand plaisir.
Suggestion de CD : Rod Piazza and the Mighty Flyers / Alphabet Blues Black Top records
Rick L.Blues pour Art Blues juin 2007