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DERNIÈRES NOUVELLES DU BLUES
Par : Luc Baranger

DERNIÈRES NOUVELLES DU BLUES
Par : Luc Baranger
De
toute la scène musicale actuelle, le seul auquel Quentin Tarantino
pourrait dire : « Moteur ! Action ! Ça
tourne ! » sans que le quidam ait eu à passer par la
maquilleuse et le magasin des accessoires, c’est bien Eric Sardinas.
Depuis quarante ans que je fréquente les ballrooms, les clubs, les
roadhouses, les pelouses détrempées des festivals (vous avez sûrement
remarqué depuis Woodstock cette fascination des organisateurs de
festivals de musique de jeunes pour les marchands de parapluies et de
bottes en caoutchouc) ou encore les arénas, les cafés, les juke joints,
les théâtres victoriens reconvertis en lieux de perdition pour gratteux
de guitares en bois, je n’ai jamais rien vu de tel sur le stage. J’ai
beau rewinder mes anciens souvenirs, ouvrir la grande focale de mon
appareil à remonter le temps, qui couvre de la scène blues façon Mayall
au blues le plus traditionnel du Delta en passant par le pub rock ou le
Southern rock, qu’il s’agisse de Rory Gallagher, d’Hendrix, de Fogerty,
de Luther Allison, de Gary Rossington ou de Wilco Johnson, aucun de ces
véritables mouilleurs de chemise (je ne parle pas des soi disant
vieilles gloires du Deep South écroulées sur un tabouret) n’arrive à la
cheville de Sardinas… à part peut-être Angus Young, mais là, on entre
de plain-pied dans la catégorie psychiatrie, ambulance, sirènes
hurlantes, gyrophares affolés dans la nuit et paramédics taillés comme
des lumberjacks du Labrador.


(Photos : Site officiel de l'artiste)
Pour tout homme normalement constitué, Eric Sardinas est énervant,
voire crispant. C’est pas de sa faute, mais il rend jaloux. Il
dégouline de talent, il est beau comme un dieu et alluré comme un métis
de squaw arapaho et de bandit mexicain, sympathique, à l’écoute,
disponible, et pas prétentieux pour un sous, à la différence de ces
rock stars de pacotille qui portent des lunettes de soleil jusque dans
leur salle de bain de peur de se demander elles-mêmes des autographes.
On a tout dit du petit gaucher de Fort Lauderdale, qui a eu bien de la
misère à jouer comme un droitier, ce qui serait le secret de la
fluidité de son jeu à ridiculiser un Albert Lee pourtant loin d’être
manchot. Ses trois albums parus à ce jour sont de vraies perles de pure
jouissance. Tout y bon, rien n’est à jeter. Non seulement Sardinas a du
métier, une personnalité et un style, non seulement il
« habite » le blues, mais c’est un historien des douze
mesures qui connaît le credo de ses classiques des années 30 et 40 sur
le bout des doigts. Malgré sa folie scénique (on peut parler de cirque,
le mot n’est pas trop fort) et ses accoutrements de Comanchero échappé
d’un film de Peckinpah, il est extrêmement respectueux du passé du
blues. À un point tel qu’il a fait tatouer « Respect
Tradition » de part et d’autre d’un Dobro enroulé d’un rattlesnake
sur son dos sculptural (qui n’a plus rien à voir avec un quelconque dos
humain, car c’est devenu une œuvre d’art).
En 2003, j’étais resté à discuter avec lui après le gig au Café Campus. C’était lui qui venait de conclure le show en sautant de table en table, torse nu, tout en distillant un boogie blues totalement hallucinant, et c’était moi qui étais encore essoufflé. Nous avions discuté des influences de son maître, Johnny Winter, avec lequel Sardinas a beaucoup tourné en Californie. Trois ans plus tard, après le concert au Métropolis de Montréal, auquel j’avais traîné ma fille Laura, pour qu’elle voie un phénomène de foire au moins une fois dans sa vie, nous tombons nez à nez avec Sardinas en train de fumer sur le trottoir. C’est là qu’il m’a sidéré, époustouflé, assis, scotché (comme disent les Français), alors qu’il n’avait pas sa guitare. Lui qui donne environ trois cents concerts par an, le lundi à Sausalito, le mardi à Marseille et le jeudi à Sydney, qui rencontre des milliers d’aficionados de par le monde, se souvenait de notre conversation autour d’une bière au Café Campus pendant que les roadies rangeaient le matériel ! Je ne m’en suis toujours pas remis. Ce soir-là, avant qu’on se quitte, il a fait un bec à Laura. Je n’en jurerais pas, mais je crois bien qu’elle ne s’est pas lavé la joue pendant huit jours.
C’est aussi ça, l’effet Sardinas, un gars qui fédère les générations, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.
Site officiel : http://www.ericsardinas.com/


(Photos : Site officiel de l'artiste)
En 2003, j’étais resté à discuter avec lui après le gig au Café Campus. C’était lui qui venait de conclure le show en sautant de table en table, torse nu, tout en distillant un boogie blues totalement hallucinant, et c’était moi qui étais encore essoufflé. Nous avions discuté des influences de son maître, Johnny Winter, avec lequel Sardinas a beaucoup tourné en Californie. Trois ans plus tard, après le concert au Métropolis de Montréal, auquel j’avais traîné ma fille Laura, pour qu’elle voie un phénomène de foire au moins une fois dans sa vie, nous tombons nez à nez avec Sardinas en train de fumer sur le trottoir. C’est là qu’il m’a sidéré, époustouflé, assis, scotché (comme disent les Français), alors qu’il n’avait pas sa guitare. Lui qui donne environ trois cents concerts par an, le lundi à Sausalito, le mardi à Marseille et le jeudi à Sydney, qui rencontre des milliers d’aficionados de par le monde, se souvenait de notre conversation autour d’une bière au Café Campus pendant que les roadies rangeaient le matériel ! Je ne m’en suis toujours pas remis. Ce soir-là, avant qu’on se quitte, il a fait un bec à Laura. Je n’en jurerais pas, mais je crois bien qu’elle ne s’est pas lavé la joue pendant huit jours.
C’est aussi ça, l’effet Sardinas, un gars qui fédère les générations, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.
Site officiel : http://www.ericsardinas.com/
Luc Baranger - Décembre 2007